Fabienne Grebert

Fabienne Grebert

Développement économique en Haute-Savoie : la fuite en avant, … Concertation et démocratie participative : en arrière toutes !

Les dix derniers jours ont été marqués par trois réunions  qui m’ont permis de prendre la mesure des attentes des élus locaux et têtes de réseaux  à l’égard de la Région :la première était à l’initiative du Bureau exécutif de la Communauté de l'Agglomération d'Annecy pour échanger avec les Conseillers Régionaux concernés par son territoire, sur les projets et politiques publiques ; l’Agglo s’était associée à la CCI de Haute-Savoie pour organiser une pseudo réunion de concertation avec les têtes de réseaux et les élus du département autour du Schéma Régional de Développement Economique, d’Innovation et d’Internationalisation (SRDEII) dont la Région devrait présenter une première version en septembre prochain. Enfin, en tant que représentante de la Région au feu CDDRA Usses et Bornes, j’ai pu assister à un des derniers comités de pilotage de ce dispositif. Compte-rendus et réflexions à l’usage de ceux qui veulent encore croire à des décisions politiques co-construites et partagées.

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Potentiel inexploité, Croissance, Développement économique, …

… Et bien sur la création d’emplois ; tel est le florilège des expressions employées par les élus et têtes de réseaux de l’Agglo pour nous faire rêver, et nous enjoindre, nous conseillers régionaux,de financer infrastructures ferroviaires, routières, enseignement supérieur, … au service de nos activités économiques les plus prometteuses ( French Tech, mécatronique, agro-alimentaire, industries de l’outdoor, tourisme, voire tourisme d’affaires !).

Qui pourrait ne pas vibrer à la lecture de cet inventaire à la Prévert ? Et bien personne, sauf moi peut-être. Car il est bien légitime de voir prospérer son territoire, mais peut-être pas n’importe comment. Le territoire est aujourd’hui contraint : La population va s’accroitre encore de 13,7% d’ici 2030, augmentant la pression foncière et la circulation routière. Chaque année, 70 personnes perdent la vie suite aux conséquences de la pollution atmosphérique et Annecy est la deuxième ville la plus polluée de France aux particules fines (Source : OMS).

Mais aucun élu ne semble s’en soucier; c’est la fuite en avant, le syndrome du poisson lune qui croît sans discontinuer jusqu’à sa mort. N’y aurait-il pas matière à prendre en compte le changement climatique après la COP 21, la transition énergétique et l’atteinte des objectifs de réduction de gaz à effet de serre et de consommation des énergies fossiles prévus dans la Loi du même nom (d’ici 2030, -40% de GES et -30% de consommation d’énergie fossile) ? A cette question, François-Eric Carbonnel m’a répondu que ça serait prévu dans le schéma régional d'aménagement et de développement durable du territoire (SRADDT) ; en d’autres termes, cela ne concerne pas les entreprises qui pourraient pourtant y voir des opportunités d’innovation et de compétitivité. Mais tant pis !

Des élus d’autres territoires manifestent leurs inquiétudes quant à l’appétit démesuré de l’Agglo d’Annecy et de la toute nouvelle intercommunalité : que vont devenir les zones plus éloignées de l’hyper centre? Comment faire face à la concurrence d’Annecy pour attirer les entreprises? Là encore, nos élus ne semblent pas en faire cas.

 

Repenser le développement économique d’une manière équilibrée

Cela n’a pas l’air de faire partie de l’ADN de nos élus. Il y aurait pourtant matière à réfléchir dans une logique de complémentarité pour éviter de constituer des pôles économiques engorgés à côté de cités dortoirs, de s’assurer de la complémentarité ou de synergies possibles entre  les entreprises sur une même zone, pour optimiser un développement économique de proximité. Là non plus, rien n’est dit.

Les initiatives ne manquent pas, mais elles sont freinées par des combats idéologiques. Sur le territoire Usses & Bornes, avec la fin des CDDRA annoncée par le nouvel exécutif régional, tous les projets sont bloqués. Les conseillers régionaux républicains présents lors du dernier comité de pilotage ont beau jeu de nous annoncer une redéfinition des politiques d’animation économique du territoire. Mais avait-on besoin de casser pour autant la dynamique engagée depuis si longtemps ?  Les élus et chargés de mission présents nous font part des résultats engagés dans le cadre du feu CDDRA. Depuis début 2016, 70 porteurs de création d’entreprises ont été accueillis par Initiative Genevois, onze entreprises avec des emplois de proximité ont été créées et 150000€ prêts à taux 0. Qu’en est-il de la poursuite de ce type initiative jusqu’alors financée en partie par la Région? Aucune réponse des représentants de l’exécutif. Et ce n’est qu’un exemple. Les 6 intercommunalités du territoire sont toujours en attente d’une subvention de 348000 € de la Région pour démarrer des projets favorisant le tourisme 4 saisons. A titre d’exemple Andilly, commune de 850 habitants attire chaque année 200000 visiteurs avec les Médiévales et le hameau du Père Noël. La commune a d’autres projets pour attirer encore plus de visiteurs et faire vivre le commerce de proximité mais la Région fait preuve inertie  par des postures politiciennes consistant à supprimer les politiques de la précédente mandature, avant d’avoir mis sur pied un autre modèle.

 

La démocratie et la concertation en berne

En Usses et Bornes, tous les élus se réjouissaient pourtant du travail collectif engagé depuis plus de 10 ans sur un territoire essentiellement rural de près de 60000 habitants. Ici on avait su mettre de côté les débats politiciens et les querelles de clocher, pour déployer un projet de territoire cohérent. Mais l’équipe Wauquiez n’a même pas pris la peine de demander l’avis aux porteurs de projets concernés avant de supprimer les CDDRA, comme l’a souligné le Président du Conseil Local de Développement.  

Décidément la concertation n’a pas l’air d’être le fort de la nouvelle équipe municipale. Lors de la rencontre avec les têtes de réseaux vendredi dernier, F.E Carbonnel nous présentait une plateforme web « collaborative » pour contribuer à l’élaboration du SRDEII. Chapeau bas ! Trois mois après une mise en service on ne peut plus discrète, il n’y a que 67 contributions pour un territoire de 7,7 millions d’habitants : comme ça on évite de faire des insatisfaits. « Les élus sont les seuls légitimes; avec des gens comme vous on va tuer la démocratie ». C’est ce que m’a répondu Bernard Accoyer à qui je proposais de lancer une concertation avec les associations, avant de demander à la Région de financer des infrastructures routières sur l’Agglo d’Annecy. Celui-ci ne semble pas s’être remis du tollé autour du projet de Centre des Congrès. Les commisseurs enquêteurs viennent de rendre un avis défavorable, suite à la demande de déclaration d’utilité publique de l’Agglo. Messieurs Accoyer et Rigault n’en n’ont que faire et n’hésitent pas à solliciter la Région pour financer leurs équipements pharaoniques, dispendieux et inutiles. Peu importe les avis remis par les associations, le travail de titan qu’elles réalisent pour analyser les dossiers, faire émerger des rapports d’expert les solutions les plus pertinentes au regard de l’intérêt général. Nos élus considèrent qu’ils ont été élus pour un mandat, et une fois rendu le verdict des urnes; les électeurs n’ont plus qu’à se taire. Ce n’est pas la vision de mon mandat d’élue. Je ne suis pas la conseillère régionale des 46% qui ont voté pour moi, mais bien au service de l’intérêt général et du « bien-vivre » ensemble. En attendant les prochains scrutins, les associations devront faire entendre leur voix, face à des élus sourds et hermétiques à un modèle économique qui ne vise pas uniquement le profit et la croissance à court terme. 

 

 

 



06/06/2016
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